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Fatima Zahra El Mansouri, cheffe du gouvernement du Mondial 2030

Anass SeghirAnass Seghir
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Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Zahra El Mansouri cheffe du gouvernement. Son équipe pilotera les quatre dernières années avant le Mondial 2030, entre chantiers colossaux et promesse d'un Maroc à une seule vitesse.

Mondial 2030 : Fatima Zahra El Mansouri prend la main

Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Zahra El Mansouri cheffe du gouvernement. Son équipe pilotera les quatre dernières années avant le Mondial 2030, entre chantiers colossaux et promesse d'un Maroc à une seule vitesse.

Il y a des dates que le football marocain retiendra sans avoir joué un seul match. Le mardi 29 septembre 2026 en fait partie. Ce jour-là, au Palais royal de Rabat, une femme a été chargée, pour la première fois de l'histoire du Royaume, de former le gouvernement. Et le calendrier fait bien les choses — ou les choses compliquées : le mandat qui s'ouvre court jusqu'en 2031. Autrement dit, c'est son gouvernement qui aura le Mondial 2030 entre les mains.

Dans les rédactions, on l'appelait déjà le « gouvernement du Mondial ». L'expression a désormais un visage.

Une Marrakchie qui connaît les chantiers

Pour comprendre qui arrive, il faut repartir de Marrakech. Née en 1976 dans la ville ocre, avocate formée à Montpellier, Fatima Zahra El Mansouri en devient maire en 2009, à 33 ans seulement — première femme à ce poste. Son élection est annulée par la justice quelques semaines plus tard, puis rétablie en appel. Le ton est donné : elle n'a pas l'habitude de lâcher un match qu'on croit perdu.

Réélue maire en 2021, elle rejoint la même année le gouvernement comme ministre de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme et de l'Habitat. Un détail qui n'en est pas un : pendant cinq ans, elle a eu la main sur la ville, le foncier, le logement — tout ce qui fait qu'un stade n'est pas une île de béton au milieu de nulle part. En février 2024, elle prend la tête de la direction collégiale du PAM. Le 23 septembre dernier, son parti arrive en tête des législatives avec 97 sièges sur 395.

Après son audience royale, elle a parlé de fierté « pour toutes les Marocaines », et d'une volonté d'offrir aux jeunes « des solutions concrètes, pas seulement des discours ».

Lekjaa, le relais entre la pelouse et le Conseil

Si ce gouvernement mérite son surnom, c'est aussi à cause d'un homme : Fouzi Lekjaa. Président de la Fédération royale marocaine de football, ministre délégué chargé du Budget et figure centrale du dossier 2030, il a officiellement rejoint le PAM le 25 juillet dernier et siège au bureau politique du parti. C'est lui qui est présenté comme l'architecte du programme électoral.

Le pont entre la FRMF et la primature n'a jamais été aussi court. Pour le football marocain, c'est une assurance : le patron du ballon rond parle directement à la patronne de l'exécutif. Pour les observateurs, c'est aussi une question qu'on posera souvent d'ici 2030 : où s'arrête le sport, où commence la politique ?

Quatre ans, et un chronomètre qui ne pardonne pas

Côté marocain, le Mondial du centenaire se jouera sur six stades existants en pleine modernisation — Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Agadir et Fès — et sur un septième qui fait tourner toutes les têtes.

À Benslimane, entre Rabat et Casablanca, sort de terre le Grand Stade Hassan II : quelque 115 000 places prévues, de quoi en faire le plus grand stade de football au monde. Budget prévisionnel autour de cinq milliards de dirhams, livraison annoncée pour fin 2027. Au printemps, le chantier affichait environ 40 % d'avancement, avec 5 000 ouvriers mobilisés et le double attendu en pic d'activité. Le Maroc y voit déjà la finale ; la FIFA, elle, n'a pas encore tranché.

Le Mondial en chiffres

  • ≈ 190 milliards de dirhams d'investissements en infrastructures
  • 7 stades, dont le Grand Stade Hassan II (≈ 115 000 places)
  • LGV prolongée de Kénitra à Marrakech
  • 60 000 lits hôteliers supplémentaires visés d'ici 2030

Le nouveau gouvernement hérite de ces chantiers en cours de route, comme un entraîneur qui débarque à mi-saison avec un effectif qu'il n'a pas composé. Pas le droit à l'erreur sur le calendrier.

« Un Maroc à deux vitesses » : la consigne royale

Mais le vrai match de ce mandat se jouera ailleurs. Et la feuille de route a été écrite bien avant le scrutin.

Le 29 juillet 2025, lors du discours du Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a prononcé une phrase restée dans toutes les mémoires :

« Il n'y a de place, ni aujourd'hui, ni demain, pour un Maroc avançant à deux vitesses. »

Sa Majesté le Roi Mohammed VI — Discours du Trône, 29 juillet 2025

Le Souverain y saluait les progrès accomplis — la pauvreté multidimensionnelle passée de 11,9 % en 2014 à 6,8 % en 2024 — tout en pointant, sans détour, des zones, surtout rurales, qui souffrent encore de pauvreté et de précarité faute d'infrastructures et d'équipements de base. Il appelait à une nouvelle génération de programmes de développement territorial.

Appliqué au Mondial, le message est limpide. Un stade de 115 000 places à Benslimane, un TGV jusqu'à Marrakech, des aéroports flambant neufs : tout cela n'aura de sens que si le Maroc des montagnes et des campagnes en voit aussi les retombées. La Coupe du monde ne doit pas devenir le symbole d'un pays à deux vitesses, avec d'un côté les villes hôtes sous les projecteurs, de l'autre les territoires qui regardent le match de loin.

Fatima Zahra El Mansouri le sait. Son programme promet notamment :

  • la mise à niveau de 1 600 centres de santé et 90 hôpitaux ;
  • un million d'emplois nets sur le mandat ;
  • un chômage ramené à 7 % en 2031 ;
  • quelque 360 000 emplois directement liés aux infrastructures du Mondial.

L'équation est posée : faire du Mondial un moteur pour tout le pays, pas une vitrine pour les caméras du monde entier.

Les urnes ont d'ailleurs envoyé un signal : seulement 38 % de participation le 23 septembre, le taux le plus bas depuis 2007. La confiance, elle aussi, est un chantier.

D'abord, trouver ses coéquipiers

Avant de penser à 2030, il faut composer l'équipe. Avec 97 sièges, le PAM est loin des 198 nécessaires pour gouverner seul. Le PJD d'Abdelilah Benkirane, revenu en force avec 54 sièges, a déjà dit non et choisi l'opposition à l'unanimité.

La piste la plus logique reste la coalition sortante — PAM, RNI, Istiqlal — qui pèse 228 sièges. Mais le vestiaire n'est pas apaisé : la campagne a laissé des traces entre le PAM et le RNI, désormais présidé par Mohamed Chouki après le départ d'Aziz Akhannouch. La nouvelle cheffe du gouvernement assure n'avoir « aucune ligne rouge ». Les prochains jours diront si la formule tient.

Le vrai coup d'envoi

En 1930, l'Uruguay organisait la toute première Coupe du monde. Cent ans plus tard, le Maroc accueillera l'édition anniversaire avec l'Espagne et le Portugal — deuxième pays africain à organiser le tournoi, après l'Afrique du Sud en 2010.

L'objectif est désormais simple à énoncer, et terriblement difficile à atteindre : que le soir de la finale, un habitant d'un douar de l'Atlas soit aussi fier que celui qui aura une place en tribune. Un Maroc, une seule vitesse. Fatima Zahra El Mansouri a quatre ans pour y arriver. Le chrono est lancé.

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